Une réponse à Léa…
Il y a peu, Léa Clermont-Dion (@leaclermontdion) posait une simple question sur Twitter :
«@espressocom Est-ce que vous avez établi un top 5 des meilleurs Web-docu qui se font?»
Il a suffi de ces quelques mots, de cette simple question, directement adressée (et qui fait même moins des 140 caractères autorisés par Twitter) pour qu’encore une fois, je me sente coupable. En effet, ceux qui me connaissent savent à quel point j’aime le Webdocumentaire. J’y vois un nouveau mode d’expression, une nouvelle plateforme aux possibilités incroyables, uniques. Or il n’existe encore aucune vraie définition du Webdocumentaire, rien à tout le moins qui fasse l’unanimité. Et depuis plusieurs mois déjà, je me proposais d’en écrire une et de vous la jeter en pâture sur ce blogue. Mais voilà, je procrastine encore.
En attendant donc cette fameuse définition, je fais ici une courte liste de certains Webdocumentaires qui ont retenu mon attention. Ils font tous partie de la liste établie (et fréquemment mise à jour) par Christophe Millet, lui-même producteur de Webdocumentaire.
À tout seigneur, tout honneur, je place tout en haut de cette liste deux productions de Upian, la boîte de production parisienne.
Mon favori parmi tous pour sa créativité et pour la place unique qu’il laisse à l’internaute dans la mise en place de la trame narrative est le magnifique Gaza/Sderot, sous-titré «la vie malgré tout».
Même pas besoin de voir les documents vidéo qui le composent pour saisir les propos de l’auteur. Il suffit de consulter les interfaces de navigation pour saisir le sens de la démarche, pour comprendre que l’auteur veut nous faire sentir les différences mais aussi les parallèles qui existent entre ces deux peuples (palestiniens et israëliens) qui essayent de vivre tant bien que mal de chaque côté d’une frontière artificiellement dressée entre eux. Simplement génial, Gaza/Sderot peut probablement être considéré comme l’un des plus important Webdocumentaire à ce jour, parce que c’est avant tout sur le Web qu’il prend toute sa force, parce que sa non-linéarité et la liberté qu’il propose au lecteur fait partie intégrante de sa trame narrative.
Autre production de Upian, Thanatorama, ce Webdocumentaire dont vous êtes le héros… mort, est lui aussi très intéressant. Créé en 2007, il a pavé la voie à des expériences plus abouties comme celles de Gaza/Sderot. D’entrée de jeu, il place le spectateur à la place du mort et nous fait parcourir le trajet du cadavre de son dernier souffle vers son dernier repos. Le ton est morbide à souhait, toujours instructif, et l’info souvent surprenante.
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J’aime aussi beaucoup Narco Guerra, un Webdocumentaire sur la guerre des narcotiques au Mexique produit par le site du quotidien argentin Clarin. Malheureusement, mon espagnol est pratiquement nul. Mais encore une fois, il suffit de se plonger un peu dans l’ambiance de ce document et de se laisser frapper par ses images pour comprendre les propos de l’auteur.
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Incontournable lui aussi, le Webdocumentaire Le Corps incarcéré, publié par le site du Monde, a reçu le premier prix FRANCE 24/RFI du webdocumentaire au Festival du photojournalisme Visa pour l’image de Perpignan. Ce document d’une grande sobriété et d’une grande beauté traite de la façon dont cinq détenus français (hommes et femmes) ont littéralement vécu «dans leur chair» leur peine d’emprisonnement. À travers ces descriptions parfois techniques de certaines altérations de leur corps, on entend la souffrance, on sent le désarroi, la dureté de leur situation. Un point de vue nouveau, unique, sur une réalité bien contemporaine. Malheureusement, le Monde n’a pas, selon moi, donné à ce magnifique document la véritable place qui lui revenait et l’a incrusté dans les pages régulières de sa parution en ligne.
Et au Canada?
Le Canada est malheureusement relativement pauvre en Webdocumentaires. En effet, les dernières années sont à la mode de la Webtélé (une démarche plutôt technique, faite la plupart du temps pour des créations de fiction) et de plateformes «expériencielles» qui masquent les propos documentaristes de leurs auteurs (quand ceux-ci en ont, ce qui reste parfois à prouver). Toutefois, certaines créations ont vu le jour que l’on pourrait, selon ma définition à venir, ranger au titre des Webdocumentaires.
Capturing Reality, un Webdocumentaire sur… les documentaristes canadiens. Un magnifique travail de l’ONF qui présente en plus de 160 clips vidéos le travail de 38 réalisateurs de documentaires canadiens. Un travail magistral de documentation, une interface agréable, juste assez ludique, qui ne nuit pas aux contenus. On laisse la place à ces réalisateurs qui ont fait l’histoire du documentaire canadien. Beaucoup d’infos dans ces documents, dont devraient s’inspirer les apprentis webdocumentaristes d’aujourd’hui.
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C’est à mon sens Jessica Leeder, du Globe and Mail, qui a réalisé le plus beau Webdocumentaire canadien. Intitulé Behind the Veil, ce document de facture très classique est aussi d’une très grande beauté. Il nous présente la réalité des femmes voilées afghanes d’une façon unique, telle que seule une femme pouvait vraiment la percevoir. Très complet, ce document est incontestablement l’oeuvre d’une professionnelle de l’information. On souhaiterait juste maintenant qu’elle s’associe dans sa prochaine démarche avec un vrai réalisateur de Webdocumentaire, qui mettrait l’interactivité au service du propos.
Je vais arrêter ici mon tour d’horizon du Webdocumentaire. Non pas parce que je le considère complet. Non. Bien au contraire. Surtout parce que je m’aperçois, comme je le disais au début de cet article, que ce qu’il manque c’est surtout une vraie définition du Webdocumentaire. Bien au-delà du documentaire diffusé sur le Web ou du diaporama de compétition, le Webdocumentaire est un mode d’expression nouveau, unique, qui verra naître de nouveaux réalisateurs, de nouveaux auteurs, qui sauront s’accaparer de son vocabulaire, de ses techniques, de ses nuances. Le Webdocumentaire est une histoire à faire.
PS. Si vous lisez ces lignes et surtout si vous avez la patience de les lire jusqu’à la fin, n’hésitez pas à me transmettre en commentaire vos propres réflexions sur le sujet ou vos propres suggestions de Webdocumentaires.



































10 février 2010 / 8 h 25 min
Il y a pas à dire, réponse très complète et intéressante. Merci Olivier.
24 février 2010 / 15 h 17 min
Merci pour cet article Olivier.
J’aime moi aussi beaucoup les docus web décrits plus haut.
Ceci dit, il y a tout de même un bon nombre d’autres documentaires web produits et réalisés au Canada. Je pense en premier lieu à l’excellent Waterlife (http://waterlife.nfb.ca/), le projet PIB (http://pib.onf.ca) – pour lequel je travaille – et un tas d’autres comme Clé 56 (http://www.cle56.com/) et les productions 2009 du Fonds TV5: http://fonds.tv5.ca Bon visionnement.
Puis, bon, pour prêcher un minimum pour ma paroisse, voici un essai photo du projet PIB qui saurait peut-être vous intéresser… tourné et mis en ligne dans les derniers jours.
http://pib.onf.ca/photo-essai/1467/une-chance-quil-y-a-les-mots
Au plaisir,
Frédéric
Frédéric Dubois
Coordonnateur web
PIB – L’indice humain de la crise économique canadienne
25 février 2010 / 0 h 32 min
Merci pour tes commentaires Frédéric.
Je dois t’avouer que j’ai encore quelques doutes / questions sur la finalité webdocumentaire de PIB (sans rien enlever au projet, que je trouve au demeurant très intéressant). Mais comme je le dis dans mon article, je pense que ce qu’il manque surtout, c’est une définition. Pour moi, PIB est encore un «work in progress» et ça fait partie de la définition même du projet. Selon la définition (toute personnelle) que je me fais du Webdocumentaire, PIB est un exercice sublime de récolte de témoignages souvent touchants et presque toujours pertinents (qui peut être comparé au Interview Project de David Lynch http://interviewproject.davidlynch.com ). Pour en faire un webdocumentaire (toujours à mon sens), il y faudra la touche finale d’un auteur, qui installera une trame narrative, un lien entre tous ces matériaux.
En ce qui concerne Waterlife, je trouve personnellement que l’interface nuit au propos, que l’expérience usager camoufle le discours et ne le sert pas, malheureusement. Elle est sublime, mais selon moi trop omniprésente, trop «distrayante». On se perd entre l’information et le divertissement.
Je ne connaissais pas Cle56 et je te remercie pour le lien. Je vais aller voir.
Enfin, en ce qui concerne le FondsTV5, je trouve l’initiative vraiment intéressante, mais elle se rapproche beaucoup plus, selon moi, d’une WebTV dédiée aux documentaires. Ces documents ne tirent du Web qu’une seule et unique fonction : une plateforme de diffusion pour de jeunes documentaristes.
En terminant, je veux quand même répéter que ce commentaire sur ton commentaire ne doit pas être pris comme une critique du travail que vous faites à l’ONF, mais d’abord et avant tout comme l’expression d’une réflexion qui m’habite depuis un certain temps et qui mérite selon moi qu’on s’y arrête.
Olivier Coullerez
9 mars 2010 / 16 h 33 min
Un documentaire que je recommande, par son contenu, son concept et son montage :
RIP : A Remix Manifesto
http://www.canald.com/webtele/video/8576/rip-remix-manifesto/
C’est un documentaire sur le copyright, sur le remix de sons et d’images, chacun peut même participer à la prochaine version de ce documentaire en proposant de remixer un extrait : http://www.opensourcecinema.org/