Prison Valley ou quand le (web)documentaire sort de l’ombre

J’attendais avec impatience la sortie de Prison Valley. Il faut dire que cette fois-ci, l’équipe de Arte France et de Upian avaient bien travaillé pour nous mettre l’eau à la bouche. Ça faisait déjà plusieurs mois que le site affichait le frustrant « coming soon » et que l’on pouvait saisir l’ampleur du projet dans les différents posts et tweets . Dès la sortie du film, je me suis donc précipité sur mon ordinateur pour enfin savourer le nouvel opus de Upian et des réalisateurs Davis Dufresne et Philippe Brault.
Satisfait? Un grand oui… et, malgré tout, un (petit) non.
Mais avant de me lancer dans une critique de Prison Valley, j’aimerais quand même parler de tout ce processus de mise en marché. D’abord parce que, à ma connaissance, c’est la première fois qu’un webdocumentaire est l’objet d’un tel battage promotionnel avant même sa diffusion, battage qui fait penser, dans sa mécanique, à l’orchestration de la sortie d’un blockbuster hollywoodien. Quelques images lâchées ici et là, des entrevues avec les réalisateurs, des tweets sur la production, un lancement médiatisé… Avec Prison Valley, le webdocumentaire n’a plus honte de son format, il n’est plus une petite production faite en dilettante, dont on ne sait pas comment elle sera reçue. Au contraire, il s’affirme comme une production à part entière, mature, qui mérite toute l’attention qu’elle réclame, au même titre, par exemple, que le dernier Michael Moore. Et, ne serait-ce que pour ça, je crois que Prison Valley fera date dans l’histoire à écrire du webdocumentaire.
Le sujet de Prison Valley, c’est le comté de Fremont, au Colorado, et plus précisément, la petite ville de Canon City, devenue LA ville pénitentiaire américaine. On découvre comment, au fil des ans, cette petite ville sans grand intérêt a fini par devenir la plaque tournante d’une industrie qui dépasse l’entendement avec l’autorisation enthousiaste de tous les paliers de gouvernement américains. Les auteurs nous donnent aussi à découvrir, entrevue après entrevue, image après image, toutes les dérives de ce cocktail impossible ailleurs dans le monde : besoin viscéral de sécurité, isolement, peines disproportionnées, exploitation des prisonniers, main-d’œuvre bon marché, recherche éhontée du profit qui confine carrément à l’esclavagisme… On sort de Prison Valley avec un douloureux sentiment d’injustice et d’impuissance.
Et Prison Valley, c’est d’abord et avant tout ça : un magnifique documentaire, visuellement impeccable, visiblement bien documenté, qui nous livre un témoignage poignant sur une petite ville et ses tourments. Un documentaire tout à fait traditionnel que l’on a découpé en séquences thématiques et que l’on a garni de compléments d’information. Contrairement à un Gaza-Sderot, Prison Valley est beaucoup plus selon moi un CD-ROM en ligne qu’un webdocumentaire. Et c’est là le seul reproche que je ferai à l’opération, mais il est d’importance, selon moi.
Gaza-Sderot (aussi produit par Upian) avait eu le génie de proposer au spectateur de devenir lui-même, d’une certaine façon, un des auteurs du documentaire. Au final, chaque spectateur de Gaza-Sderot avait sa propre version de l’histoire, en fonction de ses champs d’intérêt et de sa sensibilité propres. Pas Prison Valley. Prison Valley nous mène linéairement du début à la fin d’une trame narrative établie par un documentaire vidéo, décidée par les auteurs. Ce n’est pas un reproche, seulement un constat. On sent que Prison Valley franchira beaucoup mieux la barrière entre le Web et la télé que n’a pu le faire à son époque Gaza-Sderot. Mais on regrette l’inventivité en ligne de Gaza-Sderot.
La meilleure façon de vous faire une idée sur la valeur de Prison Valley, c’est encore de le voir par vous-même. Et je ne saurais trop vous encourager à le faire. Et puis, tiens, puisque vous y êtes, retournez-donc voir aussi Gaza-Sderot.
Allez lire aussi le blogue de Prison Valley, pour mieux comprendre tout le processus de gestation de ce magnifique document.


































10 mai 2010 / 10 h 03 min
[...] This post was mentioned on Twitter by espresso. espresso said: Prison Valley, le (web)documentaire sort de l'ombre http://bit.ly/behmHQ #Prisonvalley #webdoc [...]
10 mai 2010 / 13 h 10 min
[...] http://www.espressocommunication.com/ [...]
12 novembre 2010 / 14 h 45 min
[...] http://www.espressocommunication.com/ [...]
7 avril 2011 / 15 h 18 min
[...] http://www.espressocommunication.com/ [...]