Conte 2.0 : Les aventures de George chez les Timbrés (2 de 3)

Publié par Olivier Coullerez / 18 novembre 2009

thumb-BusManHandDans l’épisode précédent, George, en observant son jeune fils Marc, a eu l’intuition d’un nouveau marché pour ses pinces à épiler. Parviendra-t-il à ses fins? Trouvera-t-il de nouveaux débouchés pour ses produits ou devra-t-il finir par s’exiler de sa propre ville? Vous le saurez en lisant la suite des aventures de George…

BusManHandLe mercredi tant attendu par George et son fils arrive enfin. Comme prévu, les deux compères se rendent au centre communautaire, dans la rutilante Chevrolet Bel-Air bleu ciel et blanche que George s’est offerte deux ans plus tôt, à la suite d’une année de vente record. George et Marc, tous les deux un peu nerveux, mais pour des raisons différentes, entrent dans la pièce. Aussitôt, l’adolescent se précipite vers les comptoirs des philatélistes qui proposent des timbres à vendre ou à échanger, pour admirer les merveilles qui y sont exposées.

George, de son côté, préfère flâner. Du regard, il, évalue la foule. Presque exclusivement masculine, la  foule est constituée de beaucoup plus d’adultes que ce à quoi George s’attendait. Des hommes allant de la mi-trentaine à la soixantaine constituent la plus grande partie de ces «Timbrés» (George ne peut s’empêcher de sourire en songeant à la puérilité de ce surnom). Tous ont l’air de gens respectables. George reconnaît même parmi eux certains de ses concitoyens, croisés à l’épicerie ou au restaurant Chez Monique, pour le brunch du dimanche. Il les salue d’un hochement de tête.

George en est là de ses pensées quand un grand frisson semble agiter la foule… Tous se mettent en mouvement presque en même temps pour se diriger vers une estrade, installée dans un coin. Un homme, petit et presque chauve, y grimpe lestement. Son allure est tout à fait modeste, mais on sent dans son regard une détermination quasi magnétique. Et lorsqu’il prend le micro pour s’adresser à la foule, la chaleur et la profondeur de sa voix de ténor finissent d’attirer l’attention de George.

  • « Bonsoir les Timbrés! lance joyeusement l’homme au micro. Ça y est, le moment que vous attendiez tous vient d’arriver. La présentation de notre ami Lucien B. sur les variations de couleurs entre 1922 et 1928 du timbre américain de 8 cents représentant le général Grant va commencer dans quelques instants. »

Autour de lui, les gens manifestent leur joie et leur impatience pour cette conférence. Du coin de l’œil, George voit son fils qui le supplie du regard. George, sans comprendre l’intérêt pour ce type d’activité, donne son accord à Marc pour assister à la conférence. Pendant ce temps, il continuera à flâner afin de mieux comprendre cet univers si étrange.

L’homme qui vient d’annoncer la conférence descend de l’estrade. Son regard croise alors celui de George. Ce dernier y lit une interrogation amusée. L’homme se dirige vers lui, saluant au passage des gens qui se précipitent vers la conférence. Finalement, l’homme se présente devant George. Il émane de lui une indéniable confiance et quelque chose qui ressemble à de la sérénité.

  • « Bonjour, dit-il, je ne vous ai jamais rencontré à nos réunions. Je me nomme Albert E., enchanté de vous connaître. Les timbres vous intéressent? » ajoute-t-il en tendant la main.

Le petit moment de surprise passé, les réflexes de représentant de George reprennent rapidement le dessus.

  • « Enchanté Albert. Mon nom est George V. Non, les timbres ne m’intéressent pas vraiment. J’accompagne mon fils Marc qui, lui,  voue une véritable passion à la philatélie. Tenez. Regardez-le se précipiter vers le discours que vous venez d’annoncer.
  • « Je le comprends. J’avais le même enthousiasme à son âge. Vous savez, la philatélie est une activité beaucoup plus enrichissante qu’il  n’y paraît… »

Et Albert enchaîne en donnant à George un rapide aperçu de l’histoire des timbres et de la philatélie. George apprend aussi qu’Albert, ayant emménagé en ville deux ans plus tôt, a commencé à parler philatélie à ses voisins, qui en ont parlé à d’autres, et ainsi de suite jusqu’à la formation du groupe des Timbrés, qui se réunit tous les mois depuis maintenant un an.

  • « Vous savez, les loisirs pour les hommes de notre âge ne sont pas très nombreux (l’auteur se permet de rappeler ici que la télévision en était alors à ses débuts, qu’il n’existait encore que six équipes dans la Ligue nationale de hockey et que l’Internet n’était même pas un concept). Mis à part l’entretien de notre automobile ou de notre pelouse et les quilles, nous n’avons pas beaucoup d’activités «masculines». Je pense que c’est ce qui explique en partie le succès de ce groupe. »

George hoche la tête. Même si lui aime bien bichonner son automobile et tondre sa pelouse et qu’il apprécie au plus haut point ses parties de quilles du dimanche avec les copains, il comprend mieux l’intérêt de son fils Marc pour la philatélie. Curieux de tout, Marc adore lire et se renseigner sur toutes sortes de choses depuis son plus jeune âge. Au fil de la discussion, George apprend aussi qu’Albert est notaire et que la passion des timbres lui a été transmise par son père, qui la tenait lui-même de son propre père et ainsi de suite. Depuis son plus jeune âge, Albert trouve dans cette activité une source infinie de relaxation, d’évasion et de connaissances. George sent qu’Albert pourrait parler de sa passion pour les timbres pendant des heures. Et que lui, fasciné par cette passion et par le charisme de l’homme, pourrait l’écouter sans peine.

  • « Et vous George, que faites-vous dans la vie? »
  • « Je suis représentant de commerce. Je vends des pinces à épiler », répond George en bombant imperceptiblement le torse.

Le visage d’Albert se rembrunit. Un éclair de colère passe dans ses yeux restés jusque-là si placides…

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Pourquoi Albert montre-t-il tant d’animosité envers la profession de George? A-t-il vécu une expérience traumatisante avec une pince à épiler dans son enfance ou – pire encore – fait-il partie des groupes anti-épilation qui commencent à se manifester dans le pays. Vous le saurez en lisant la suite (et fin) des aventures de George chez les Timbrés

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