Conte 2.0 : Les aventures de George chez les Timbrés (3 de 3)
Nous venons de laisser George en fâcheuse posture, sous le regard glacial et furieux d’Albert, le leader avoué des Timbrés. Comment se sortira-t-il de cette situation. Lisez vite la suite de ses aventures…
- «Vous vendez des pinces à épiler? Nous avons eu la visite d’un de vos collègues dernièrement, une expérience très désagréable. »
George est surpris de cette réponse. Un peu blessé aussi. Il pensait que son idée de présenter ses produits aux philatélistes de la ville était originale, unique. Il demande à Albert des précisions sur ce fameux « collègue ».
- « Je crois qu’il s’appelait Martin, oui, c’est ça, Martin S. Il est arrivé ici un mercredi, sans s’annoncer. Je m’en rappelle comme si c’était hier. J’étais sur l’estrade, en train d’animer un débat sur la valeur des timbres russes d’avant la Révolution par rapport aux timbres soviétiques. Un débat hautement politique, croyez-moi. De là où je me tenais, j’étais très bien placé pour voir entrer Martin. Il s’est précipité vers l’estrade avant que personne ait pu faire quoi que ce soit, il a sauté à côté de moi et s’est emparé du micro que je tenais pour annoncer à toute l’assemblée qu’il avait une offre tout à fait spéciale à nous faire. Il a ouvert sa mallette devant nous et l’a déposée sur le tabouret à côté du micro avant de nous annoncer que toutes ses pinces à épiler étaient, ce jour-là seulement, offertes à 30 % de réduction et que, si nous en achetions une dans les 20 prochaines minutes, nous en obtiendrions une seconde tout à fait gratuitement », continue Albert, la voix tremblante d’indignation au souvenir de cette scène.
- « Il n’a pas fallu deux secondes à la foule pour se mettre à huer ce Martin, poursuit Albert. Il y en a même un ou deux qui ont voulu monter à leur tour sur la scène pour le jeter hors de la pièce manu militari. J’ai réussi à les calmer, puis je me suis tourné vers Martin et lui ai demandé de sortir. Imaginez, il était indigné! Il a finalement compris que sa présence nous importunait et est sorti, sans faire aucune vente, croyez-moi. Et il n’est pas près de revenir. »
En terminant le récit de cette mésaventure, Albert plante son regard directement dans celui de George qui sent passer dans son dos un frisson de malaise.
- « J’imagine, George, qu’au-delà de l’intérêt que votre fils porte à la philatélie, votre présence ici doit avoir elle aussi un lien avec votre métier de vendeur de pinces… Est-ce que je me trompe? »
George déglutit, mal à l’aise, et décide de jouer franc jeu.
- « Non, Albert, vous ne vous trompez pas. J’ai moi aussi pensé, comme le Martin dont vous venez de parler, que les philatélistes pourraient être une clientèle intéressante pour mes produits.
Albert sourit.
- « Et vous n’avez pas tort. Nous utilisons effectivement ce genre de produits. Et probablement beaucoup plus que nos femmes. Moi, personnellement, je dois posséder une bonne douzaine de ces pinces. Écoutez, voilà ce qu’on va faire… Venez à quelques-unes de nos réunions, apprenez, en discutant avec les uns et les autres, à mieux nous connaître et à connaître nos besoins et on verra bien. »
George sourit. La proposition lui convenait. Au même moment, la conférence se terminait et la pièce fût à nouveau envahie par des membres du groupe, excités par l’information qu’ils venaient de recevoir. Marc se précipitait vers George.
- « Papa! C’était génial! Merci de m’avoir permis d’assister à cette conférence. Penses-tu qu’on pourrait revenir le mois prochain? », demanda-t-il, fébrile.
George jeta à Albert un regard de remerciement.
- « Oui, je crois bien que nous reviendrons le mois prochain, répondit-il en recevant dans ses bras son fils, tellement excité qu’il en avait complètement oublié qu’à son âge, on se comporte de façon plus virile.
Le mois suivant, père et fils se rendirent donc à la réunion des Timbrés. Ils y furent accueillis par Albert, qui les salua et présenta George à quelques autres membres de la confrérie. George fit même une vente ce soir-là, sans même s’y être préparé. Le mois suivant, il vendit 10 pinces tout en discutant avec les uns et les autres. Il eut même la surprise de recevoir chez lui, ce mois-là, deux appels de membres des Timbrés qui lui passèrent commande de certains de ses produits.
Le troisième mois fut pour George celui de la consécration. En montant sur la scène pour annoncer la conférence de la soirée, qui devait traiter de la façon de protéger les timbres de l’humidité, Albert débuta sa présentation par une annonce.
- « Bonsoir à tous. Comme vous le savez, nous aurons ce soir une autre conférence exaltante sur un sujet qui nous passionne tous. Mais, avant d’ouvrir cette conférence, j’aimerais vous présenter George. Certains d’entre vous le connaissent pour avoir parlé avec lui. George, que vous voyez là-bas avec son fils Marc, est représentant en pinces à épiler et je peux vous assurer que, dans son domaine, il est sans aucun doute extrêmement compétent. Depuis quelques mois, George assiste à nos rencontres comme spectateur et a appris à nous connaître. Aujourd’hui, il est en mesure de nous proposer une gamme de produits qui correspond très bien à nos besoins. Je vous encourage donc, si vous avez besoin de pinces pour manipuler vos précieux timbres, à lui demander conseil. Il saura vous guider dans le choix des produits qui vous conviennent. »
À partir de ce jour, George devint le fournisseur officiel des Timbrés. Et sa réputation dépassa rapidement les frontières de la ville. On l’appelait de presque toutes les villes du comté pour lui demander de proposer ses produits aux différents groupes locaux de philatélistes. George était devenu vendeur de pinces philatéliques.
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Morale de cette histoire (j’aime bien les histoires qui finissent par une morale)
Vous pouvez relire cette histoire en en remplaçant chacun des éléments. Par exemple, George peut devenir Lucius, un marchand d’esclaves de la Rome antique et Albert, un fanatique de jeux du cirque ou un marchand d’étoffe à Venise ou une comtesse fanatique de vêtements. Ou encore, vous pouvez carrément moderniser cette histoire en suivant la recette ci-dessous :
Remplacez George par le mot marque ou compagnie. Remplacez ensuite le groupe des Timbrés par une communauté d’intérêt et Albert, par un influenceur. Martin deviendra alors, on s’en doute, un spammer (ou un publicitaire). Remplacez ensuite les discussions et les poignées de main par des blogs ou des tweets et, surtout, remplacez l’allocution finale d’Albert par une recommandation et considérez que ses nouveaux succès sont attribuables à sa e-réputation. Vous obtiendrez ainsi une histoire actuelle, un « success story » de marketing par l’entremise des médias sociaux.


































