
Je suis un SBF (sans bureau fixe)
Cela fait 3 semaines maintenant que je n'ai plus de bureau. En fait, pour être plus exact, ça fait 3 semaines que je n'ai plus de pièce à moi dans le bureau, plus de pièce dans laquelle je peux entasser des piles de papiers, des objets hétéroclites et surtout plus de pièce dans laquelle s'accumule la poussière de ma vie professionnelle.
Et j'aime ça.
Comme tout patron d'entreprise, j'ai longtemps pensé que le succès se calculait à la qualité de l'aménagement intérieur de mon antre. Comme une seconde peau, je pensais que ce bureau devrait refléter ma personnalité, devrait être à la hauteur de mes ambitions, de mes rêves. C'est dans ce bureau que se négocieraient des contrats juteux, que se concocteraient des stratégies novatrices. C'est aussi dans ce bureau, derrière les portes closes, que se prendraient les décisions les plus importantes de ma carrière.
Jusqu'au jour où j'ai compris que tout ça n'était que de la poudre aux yeux et que c'est au coeur de l'action que je me définis vraiment. Que c'est au milieu de mon équipe, sur le coin d'une table, debout ou autour de la machine à café que se prennent les vraies décisions, que se réinvente constamment ma vie professionnelle. Et ce jour-là, j'ai décidé de devenir un SBF, un «sans bureau fixe». Fini pour moi les rêves de bureau à la Don Draper (personnage principal de Mad Men), dans lequel je pourrai dissimuler une bouteille de bourbon et tout ce qu'il faut pour improviser une petite fête (de toute façon, je n'ai jamais aimé le bourbon).
Un caprice? Certainement pas!
Après trois semaines de ce régime, je peux le confirmer… Je me suis rarement senti mieux à ma place que depuis que je n'ai plus de place, justement. D'ici, je sens le pouls de mon équipe, le rythme des affaires, bref, je suis branché sur la source vitale en prise direct. Et ça me plaît.
Et plus j'y réfléchis, plus je pense que cette nouvelle attitude est elle aussi en adéquation complète avec le métier que je fais, avec le secteur dans lequel nous travaillons, qui change si vite et qui demande une attention de tous les instants. N'est-il pas logique en effet que, à une époque où de plus en plus on vante et on invente la mobilité, on puisse se donner la capacité de tout le temps rester mobile, en mouvement autant physiquement qu'intellectuellement?
Un bureau réduit à sa plus simple expression
Aujourd'hui, mon bureau se résume à un ordinateur portable ultra-léger, une tablette, un téléphone intelligent un cahier et une plume. Le tout rentre facilement dans un sac de type messager et se déballe tout aussi aisément en salle de réunion, au café du coin, chez moi ou chez un client. Avec ça, c'est toute ma vie professionnelle qui me suit constamment. Le papier que j'imprime n'a qu'une durée de vie temporaire et me permet de prendre une pause d'écran. Après, il prend la direction du recyclage. Besoin de réfléchir, de m'isoler? Je prends mon portable et je m'installe dans un coin tranquille. Besoin d'écrire sans être dérangé? Je vais au café du coin ou mieux encore, je reste chez moi. Besoin de travailler avec untel ou unetelle? Je m'installe à côté de lui ou d'elle. C'est simple et efficace.
En continuité logique
À bien y penser, je n'invente probablement rien… Tout ça a commencé dans les années 90, avec le concept industriel du «Just in time» qui a permis aux entreprises manufacturières de se départir de leurs coûteux entrepôts (je résume ici), puis a été appliqué à l'informatique, qui s'est appelée «agile» (ici aussi, je résume, le concept d'agilité est beaucoup plus vaste). Il restera à touver un nom à cette façon de travailler…
Je ne suis pas pour autant un prosélyte qui cherche à convertir tout le monde à ce nouveau mode de fonctionnement. Je suis bien conscient que cette façon de voir ne suscite pas nécessairement l'adhésion de tous, mais je reste convaincu que plusieurs pourraient trouver dans cette nouvelle attitude une réponse nouvelle à leur manque de stimulation ou à un sentiment grandissant d'engourdissement professionnel. Et même, dans certains cas (ça a été le cas pour moi), une nouvelle motivation, une stimulation unique du quotidien.
Je l'ai dit en ouverture de cet article, ça ne fait que 3 semaines que j'ai mis en application cette idée. C'est encore tout chaud, tout beau. Je le promets, je ferai d'autres articles sur le sujet. Je sens que cette idée suscite de l'intérêt, de la curiosité.
À suivre…
English version translated by Syllabus.



Je ne t’avais pas lue au moment de la parution de cet article. Depuis, nous avons eu quelques belles rencontres dans ce nouveau contexte qui, ma foi, me plaît aussi beaucoup! De mon côté , plus mon bureau est petit, plus je vois large; moins j’accumule de documents, plus je suis curieuse d’apprendre; je respecte mieux mes dead line … curieux! J’ai hête de lire la suite de ta démarche. =)